Chercheur

4h ce matin là, j’ai passé la nuit à vérifier mon protocole expérimental, il tient la route. Je pourrais aller me coucher pour faire l’expérience demain mais non, je suis décidément bien trop excité à l’idée des enjeux de cette expérience.
Je ne peux pas m’arrêter si près du but, j’entamerais l’expérience vers 4h15.

5h12, le tissu organique réagit bien, il semble croitre en symbiose avec le virus, le virus se repend à vitesse grand V au sein des cellules du tissu, en moins d’une heure la masse et la résistance du tissu ont considérablement augmenté.
J’ai arrêté d’alimenter le tissu en nutriments et le virus semble toujours progresser.

6h, le tissu réagit très bien, tellement qu’il a brisé ma lame, je nettoie ça un poil déçu de la faible résistance de ces lames.
De ma dernière observation, la structure du tissu n’avait pas changé comme je l’aurais voulu mais c’est assez encourageant pour continuer sur cette voie.
Fait plus intéressant, le virus a évolué au contact du tissu, de toute ma carrière de chercheur jamais je n’avais vu une mutation si rapide.

Je rentre chez moi épuisé mais content de l’expérience, les possibilités sont infinies et les premiers résultats prometteurs.
Après ces quinze années à me crever le cul pour la recherche, je sens mon heure de gloire arriver, un prix Nobel et une petite retraite ne seraient pas de trop.
La fatigue m’empêche presque de conduire et j’ai des démangeaisons le long du bras droit, vivement mon lit douillet.

Survivant #3

Le réveil affiche 11h47. Et merde, moi qui voulait me lever tôt pour aller faire quelque course à la supérette du quartier. Putain de Dimanche. Bon peu m’importe, je pars en quête de mon petit déjeuner matinal. J’ouvre le placard ainsi que le frigo, et en sort respectivement le cacao et le lait, puis referme le tout. Hop on mélange dans un bol, 1 minute 20 au micro-onde et ça roule. Zou ! direction la salle dans l’attente du saint-cacao chaud, je tire les rideaux, ouvre la fenêtre puis les volets. C’est à cet instant précis que je suis envahi d’une horreur sans égale : ces connards de pigeons en ont encore profité pour réduire mon superbe rebord de fenêtre en un amas de déjections putrides. Grommelant dans ma non-barbe, me préparant déjà à nettoyer tout ce bordel avec dégout, v’là-t’y pas qu’une de ces immondices à plume se pose sur mon rebord de fenêtre et commence à me narguer. Dans un petit (tout petit) excès de colère, je saisis le journal qui orne mon bureau, l’enroule sur lui-même, et me prépare à faire un home run à l’aide de mon ami le piaf. Au moment ou j’allais l’expulser rejoindre le saint-poulet, je me rends compte qu’un truc cloche avec cet oiseau…

Loin de me narguer, le pauvre animal a plutôt l’air mal en point. Son plumage est dérisoire, sa patte droite semble brisée, de profondes entailles sont visibles un peu partout sur son corps…et surtout…Il ne cesse de me regarder…De me regarder avec ses yeux blafards et haineux comme s’il voulait m’avaler tout entier…Comme si…

*BONK*

Et un home run, un ! Bordel, j’vais pas me laisser faire par un putain de piaf…Le temps de reprendre mes émotions après cette formidable aventure, je me dirige de nouveau vers la cuisine, où mon chocolat chaud m’attend patiemment. C’est là que ma journée bascula. Je faisais face à la fenêtre essayant de déterminer pourquoi celle-ci semblait si sombre…et organique. j’eus très vite la réponse, un amas d’oiseaux était en train de se mener une guerre sanglante. Des plumes volaient dans tous les sens, quand ce n’était pas des globes oculaires…Cette journée avait décidément quelque chose de louche. N’ayant plus très faim, je retournais regarder par le fenêtre de la salle ou un détail presque subliminal avait failli m’échapper. Les voitures qui défilent d’habitude sur les routes à toute allure sont aujourd’hui…Toutes à l’arrêt. Pas de signe non plus de piétons…C’est vraiment trop étrange, il y a un match de foot ou quoi ?

Prenant mon courage à deux mains, je sors de chez moi, prend l’ascenseur et me retrouve dans le hall. Je me faufile entre le mur et la voiture encastrée dans la porte d’entrée puis me retrouve à l’air libre. Toujours personne en vue. Je commence sérieusement à flipper, je décide de rejoindre la grande place où se tient le marché, il y aura forcément du monde là-bas.

Et du monde il y en avait…Éparpillé un peu partout, en train de se bouffer et de se massacrer les-uns-les-autres dans une mare d’hémoglobine. A la vue de ce massacre, mon estomac a décidé de dire bonjour au trottoir, tandis que mes jambes ont cru bon de ne plus vouloir me soutenir. Pendant ce temps mon cerveau faisait le point sur la situation. Et ouaip.

Je suis dans un monde entouré de zombies.

Et ils ont pas l’air content.

Nils D. – Chaine alimentaire – survivant #2

C’était une journée normale , juste ça. Une journée passée devant mon ordinateur à bosser sur… On va dire des trucs. Puis voilà que j’entends une femme hurler d’abord une première fois, une seconde et enfin une sorte de grognement étouffé suivit d’un long gémissement rappelant sensiblement un orgasme. Du moins, ça y ressemblait et moi comme un con, je rigolais. La plupart du temps je suis assez indifférent à l’environnement extérieur mais là, c’était trop tentant, il fallait que je bouge mon cul pour aller voir ça.

J’étais debout comme un gland devant la fenêtre de l’étage qui donne sur la rue. Première constatation; une voiture au milieu de la route, les portières ouvertes, beaucoup de sang, personne. Ok, je capte rien. Un raisonnement personnel me conduit à une déduction des plus brillantes;  je suis le principal témoin auditif d’une affaire de meurtre ! Rien avoir donc, avec un orgasme. Légère déception.

Sauf que non, je n’étais pas le seul témoin, puisqu’une femme venait de sortir d’un buisson, à moité couverte de merde et, avec une hésitation qui laissait croire qu’elle avait tout vu. Ça, c’est ce que je me suis dit les 10 premières secondes juste avant de la voir se jeter sur un cycliste qui passait par là. Il voulait probablement lui venir en aide,  mais à première vue tout ce qu’elle voulait, c’était manger. Elle lui arracha d’abord l’oreille tout en le frappant violemment contre le sol.  La fenêtre était entrouverte et j’entendis son crâne se fendre contre le bitume ainsi que les petits gémissements qu’il arrivait encore à produire avant que la femme ne lui dévore la moitié du cou.

Un meurtre, une femme cannibale, un cycliste d’une trentaine d’année avec un sac-à-dos Pikachu… Les faits s’étaient fortement complexifiés. Nouvelle analyse; La gonzesse en jupe devait être la conductrice de la voiture, elle avait faim et a donc mangé un cycliste. Ça m’avait l’air un peu tordu malgré tout.

Dans cette histoire, rien n’était clair. J’étais dans le brouillard complet jusqu’au moment où j’ai aperçu le jogger rampant derrière la voiture de la blonde, les genoux ne semblant pas fonctionner dans le même sens qu’un homme normalement constitué;  son prochain marathon il le fera en chaise roulante. La solution tomba d’un seul coup. D’abord l’accident, l’homme qui était au milieu de la route mord la conductrice en faute, la conductrice hurle et se réfugie dans le buisson puis mange le cycliste ignorant qui passait par là.  Ils étaient donc tout les trois mort… Techniquement. Pourtant ils me regardaient, ils venaient vers moi. J’ai compris.

Je suis dans un monde entouré de zombies.

Et ils ont pas l’air content.

Survivant #1

Trois semaines. Trois semaines que ce putain de bordel a commencé. Trois semaines depuis ce matin, où, alors que  je dormais du sommeil du juste, après m’être enquillé une bouteille de Balvenie 12 ans d’âge , j’ai été réveillé par un putain de hurlement à faire flipper un inquisiteur sourd et muet. Déjà que j’aime pas me faire réveiller par quelqu’un d’autre que mon réveil, là, j’étais carrément pas jouasse avec mon cerveau qui cognait sur mon crâne, des fois que j’aurais oublié sa présence.

En fait, je me demande si je me suis bien réveillé ce jour-là. J’ose espérer que je pionce encore, cuvant mon whisky dans mon plumard. Mais je crois bien que l’espoir s’est barré au moment où j’ai ouvert mes volets, et que j’ai vu la vioque du troisième en train de bouffer ce con de facteur. J’ai jamais pu blairer ce connard avec sa gueule de rat neurasthénique, incapable de sonner  à une porte pour filer un colis, mais ça fait quand même un sacré choc. Surtout que bon, la vieille, elle est pas du genre belliqueuse, et en plus, elle est gaulée comme une asperge, ça m’a fait un peu bizarre de la voir coller une beigne au facteur qui avait l’air de se débattre un peu trop à son goût.

À son goût, le facteur devait y être, vu qu’elle lui a bouffé les deux jambes, laissant l’autre partie du corps au milieu de la route. Me doutant que y’avait comme un truc de pas normal, j’ai pris mon téléphone pour appeler les flics.

Ok. Toutes les lignes sont occupées.

J’allume la radio. Là, un présentateur complètement hystérique qui braille des trucs dans son micro (putain, je savais que la coke ça faisait des ravages, mais à ce point là…), j’entrave que dalle à ce qu’il raconte, je saisis juste les mots « folie collective, morts qui se relèvent, gens qui en mangent d’autre« , et surtout un truc du genre «  OH MON DIEU ILS ONT FORCÉ LA PORTE DU STUDAARGHLLL » enchainé par des bruits de mastication, c’était un tantinet dégueulasse, c’est à ce moment là que mon estomac à pris le relais de mon cerveau pour me rappeler à son bon souvenir, et que j’ai été dégueuler.

Ça commençait à s’éclaircir dans ma tronche, je suis retourné à  la fenêtre, avec un léger sentiment de paranoïa qui commençait à poindre le bout de son pif.

Ah. Deuxième choc.

Oui, parce que voir le facteur qui rampait sur les coudes pour attraper sa propre jambe et finir de la manger, c’est un peu dérangeant. et là, je crois que j’ai compris.

Je suis dans un monde entouré de zombies.

Et ils ont pas l’air content.