Survivant #1

J’ai mis du temps avant de décider quoi faire, au vu des multiples possibilités qui s’offraient à moi : rester cloîtré chez moi, à attendre mes voisins de palier zombifiés  faire une  réunion tupperware dans mon appart’ où je ferai office de produit de présentation, me casser de cet immeuble craignos pour aller dans la rue où j’aurai à peu près autant de chance de survie qu’un Congolais dans un meeting du klu klux klan ; voire me rouler en boule et pleurer en écoutant de la musique pour adolescents dépressifs et suicidaires.

Alors que je m’avançais vers ma chaîne hi-fi, un cd de Tokio Hotel en main, mon portable se mit à tintinnabuler joyeusement: y’a pas à dire, entendre la digue du cul dans ce genre de moments, ça réconforte son homme.

Grosse surprise, c’était ma copine.  En voyant ça, je me suis rappelé  que je voulais la larguer, du coup, je me suis dit que c’était un bon  moment pour le faire, entre deux attaques de zombies, elle verrait rien venir cette conne. J’ai décroché, et j’ai entendu un truc du genre « CHÉRIVIENSJAIPEURVITEVIENSCHÉRIJAIPEURVIENS » . Tout ça sans respirer, elle a bien fait honneur à sa grande capacité pulmonaire, un 95c qui m’a incité la choisir pour dulcinée.

Mais je m’égare.

J’ai donc décidé d’aller chez elle, heureusement qu’elle habitait à côté, à 10 minutes à pied. 10 minutes. Dans une putain de ville pleine de monstres sanguinaires affamés à moitié vivants ou à moitié morts, voire les deux à la fois. Fallait donc que je m’équipe avec ce que j’avais sous la main. Un tour dans la cuisine me paraissait approprié. Après un inventaire succinct de toutes les armes contondantes capables de défoncer du zombie à la chaîne , je me suis dit qu’un épluche-légumes et un décapsuleur, c’était pas forcément ce qu’on pouvait trouver de mieux.

Puis, telle une pâquerette poussant au milieu d’un étron, un souvenir est remonté à la surface de mon brillantissime esprit : Il y avait un magasin de sport sur la route, dans lequel je pourrai sûrement faire quelques emplettes, histoire que mon espérance de vie dépasse celle d’un tétraplégique largué sur l’autoroute un jour de départ en vacances.

Il était donc temps que je me mette en route, avec ma bite, mais sans couteau; en espérant ne pas finir dans trois estomacs différents au bout de 15 mètres parcourus.

Survivant #1

Trois semaines. Trois semaines que ce putain de bordel a commencé. Trois semaines depuis ce matin, où, alors que  je dormais du sommeil du juste, après m’être enquillé une bouteille de Balvenie 12 ans d’âge , j’ai été réveillé par un putain de hurlement à faire flipper un inquisiteur sourd et muet. Déjà que j’aime pas me faire réveiller par quelqu’un d’autre que mon réveil, là, j’étais carrément pas jouasse avec mon cerveau qui cognait sur mon crâne, des fois que j’aurais oublié sa présence.

En fait, je me demande si je me suis bien réveillé ce jour-là. J’ose espérer que je pionce encore, cuvant mon whisky dans mon plumard. Mais je crois bien que l’espoir s’est barré au moment où j’ai ouvert mes volets, et que j’ai vu la vioque du troisième en train de bouffer ce con de facteur. J’ai jamais pu blairer ce connard avec sa gueule de rat neurasthénique, incapable de sonner  à une porte pour filer un colis, mais ça fait quand même un sacré choc. Surtout que bon, la vieille, elle est pas du genre belliqueuse, et en plus, elle est gaulée comme une asperge, ça m’a fait un peu bizarre de la voir coller une beigne au facteur qui avait l’air de se débattre un peu trop à son goût.

À son goût, le facteur devait y être, vu qu’elle lui a bouffé les deux jambes, laissant l’autre partie du corps au milieu de la route. Me doutant que y’avait comme un truc de pas normal, j’ai pris mon téléphone pour appeler les flics.

Ok. Toutes les lignes sont occupées.

J’allume la radio. Là, un présentateur complètement hystérique qui braille des trucs dans son micro (putain, je savais que la coke ça faisait des ravages, mais à ce point là…), j’entrave que dalle à ce qu’il raconte, je saisis juste les mots « folie collective, morts qui se relèvent, gens qui en mangent d’autre« , et surtout un truc du genre «  OH MON DIEU ILS ONT FORCÉ LA PORTE DU STUDAARGHLLL » enchainé par des bruits de mastication, c’était un tantinet dégueulasse, c’est à ce moment là que mon estomac à pris le relais de mon cerveau pour me rappeler à son bon souvenir, et que j’ai été dégueuler.

Ça commençait à s’éclaircir dans ma tronche, je suis retourné à  la fenêtre, avec un léger sentiment de paranoïa qui commençait à poindre le bout de son pif.

Ah. Deuxième choc.

Oui, parce que voir le facteur qui rampait sur les coudes pour attraper sa propre jambe et finir de la manger, c’est un peu dérangeant. et là, je crois que j’ai compris.

Je suis dans un monde entouré de zombies.

Et ils ont pas l’air content.